Archives de Catégorie: maternage

Le temps du soin

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« Il y a effectivement quelque chose de pathétique dans cette asymétrie fondamentale entre les enfants et ceux qui s’occupent d’eux. D’un point de vue objectif, les gens qui s’occupent d’enfants sont des gens ordinaires aux vies compliquées qui font du mieux qu’ils peuvent. Mais du point de vue de bébé, ces gens-là ont un pouvoir immense : la conception de l’amour et du soin à autrui qu’il se forge est entre les mains de quelques fragiles êtres humains.”
Je reprends l’extrait de Gopnik publié par KIKI la semaine dernière dans son article sur l’attachement du point de vue des enfants (à lire ici). J’y vois une belle introduction à mon thème de cette semaine autour du travail d’Emmi Pikler.

Je vous propose une découverte en deux temps : aujourd’hui je m’attacherais à vous parler des SOINS prodigués aux bébés et petits enfants au sein de son institut en Hongrie. Une autre semaine, je partagerai de ses découvertes sur le développement moteur des enfants.

Emmi Pikler est une pédiatre hongroise du 20ème siècle. Elle a élaboré tout un travail autour du développement des enfants, d’abord dans son cabinet à Budapest, puis dans un orphelinat appelé Loczy. Je vous invite à visiter le site de l’association Pikler-Loczy France où vous avez tout son parcours et son travail détaillé.

Dans l’extrait de Gopnik, l’amour et le soin paraissent intimement liés, indissociables de la relation entre les adultes et les enfants. C’est dans cette direction là qu’Emmi Pikler a organisé la vie et les soins dans son institut.

Elle a appris à des « nurses » l’importance de la relation et des interactions avec les enfants au cours de ces activités spécifiques que sont les soins.
« Elles leur enseignent les soins, et pas simplement les techniques, mais aussi comment les enfants, même les plus jeunes, doivent se sentir à l’aise pendant ces soins. Elles apprennent à ces jeunes filles une méthode précise et cohérente : comment il faut donner à manger aux enfants, changer leurs couches les baigner et les habiller -justement pour qu’elles ne soient pas obligées de se presser au cours de ces opérations, qu’elles puissent s’occuper d’eux avec tendresse, tout en prenant en considération leurs besoins individuels et en réagissant à leurs signes. Elles leur apprennent les gestes délicats et fins, en soulignant tout particulièrement le fait que l’enfant – quel que soit son âge – est sensible à tout ce qui lui arrive, qu’il sent, observe, enregistre et comprend les choses ou bien, avec le temps, les comprendra, à condition que la possibilité lui en soit donnée.
Elles leur apprennent aussi à observer les enfants, à essayer de comprendre ce que la position de leurs corps, leurs gestes et leurs voix expriment et à consacrer toujours assez de temps aux soins sans jamais se presser, à satisfaire leurs besoins selon les exigences de chacun. Elles leur apprennent encore que, pendant les soins, elles doivent parler, même aux nourrissons les plus jeunes, et que, par leurs paroles et leurs gestes, elles doivent leur avertir de tout ce qu’elles vont leur faire ou de tout ce qui va leur arriver ; qu’elles doivent faire attention à la manière dont l’enfant réagit à leurs paroles et à leurs gestes, qu’elles doivent lui donner la possibilité de participer par des gestes exprimant soit la collaboration soit la protestation, qu’elles doivent faire des efforts pour que l’enfant ait envie de faire ce qu’on attend de lui, sans le lui imposer. »

Il s’agit bien là d’interaction, de mettre en avant l’importance de la relation au moment critique et sensible où l’adulte et l’enfant sont obligés de se retrouver face à face. Le rôle de l’adulte est fait d’écoute de compréhension de l’enfant, dans sa qualité d’individu. Je trouve le contexte important : un institut ou orphelinat… un milieu donc « professionnel », où les adulte set les enfants sont étrangers les uns aux autres, où la figure parentale est absente. Cette méthodologie du soin a pour but de sécuriser l’enfant, par un contact attentif, chaleureux et respectueux avec l’adulte, par une routine quotidienne structurante et rassurante.
« La régularité du déroulement des journées scandées par un certain nombre d’événements prévisibles permet à chacun de s’orienter dans le temps, de pouvoir anticiper ce qui va se passer pour lui et d’être sûr de pouvoir compter sur l’adulte présent pour lui assurer la satisfaction de ses besoins corporels et être attentif à ses intérêts, à ses plaisirs, à ses désirs.
Cette stabilité est source, bien sûr, d’une grande sécurité, elle assure la place de l’enfant dans le groupe, mais elle favorise aussi sa prise de conscience de l’environnement et lui permet de se situer dans cet espace-temps. »

Cette méthodologie du soin, est toujours pratiquée à Loczy, comme le décrit le site internet :  »
« Au sein de ce cadre précis, les temps de soins (repas, change, toilette, coucher…) sont privilégiés comme moments individualisés de rencontres entre enfant et adulte sur lesquels s’étaie la création d’une relation intime et personnelle. Avec des gestes délicats et enveloppants – mais très codifiés afin de veiller à assurer son bien-être et sa détente corporelle et aussi d’assurer une continuité entre les quatre nurses, les adultes prennent soin de ce tout-petit, lui qui bénéficie là d’une expérience corporelle agréable et narcissisante. Ce soin est aussi une véritable rencontre au cours de laquelle non seulement l’adulte est ouverte à ce qui vient du bébé, à ce qu’il exprime, à ce qui lui fait plaisir ou au contraire provoque chez lui un désagrément ou une tension, mais aussi, elle cherche et attend sa coopération. Elle invite l’enfant à être un partenaire dans ce soin qui concerne son corps, elle sait déjà ce qu’il aime et essaie de le lui offrir, elle est attentive à ses nouveaux intérêts, elle donne un espace à ses initiatives, elle sollicite sa participation, attend et respecte sa capacité et son plaisir à faire par lui-même. Au sein de cette chorégraphie bien connue des deux, se déroule alors toute une « spirale interactive » au cours de laquelle l’enfant fait l’expérience de sa compétence et prend conscience de lui-même.
A travers ces temps de soins, enfant et adulte vont apprendre à se connaître, à s’écouter et à s’apprécier mutuellement. Il va se construire entre eux une relation affective qui assure au bébé qu’il peut compter sur l’attention et la disponibilité psychique d’un adulte qui veille sur lui, qui lui porte un intérêt personnel, prêt à accueillir ses demandes, ses émotions, sa vie pulsionnelle, et qui consolide par là-même le sentiment de sa propre valeur. »

Je vous laisse apprécier la qualité de cet échange. Je m’interroge sur sa prise en compte dans le relationnel mis en place dans les institutions de soin ici, en France, celles que nous sommes tous amenés à fréquenter : services hospitaliers, maternité…
Ce travail interroge aussi sur la véritable place de l’adulte auprès des enfants, des interactions nécessaires et celles qui ne le sont moins. Mais j’y reviendrais bientôt, avec la suite de la découverte du travail d’Emmi Pikler, pour une prochaine contribution aux Vendredis Intellos.

Les VI vont-ils conquérir le monde?

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Je voulais faire ici un clin d’oeil au travail de Mme Déjantée et toutes les « neuroneuses » (au féminin… sauf ceux de Guests, les articles sont à 99% produits par des nanas) des Vendredis Intellos.

Pourquoi je participe à cette aventure? J’aime le concept de participer à ma hauteur à faire circuler, connaître l’information sur l’éducation, l’enfance, le rôle de parent(s), et notre place de femme dans la société. Plus qu’un simple forum où l’on s’étriperait sur « pour ou contre » tel ou tel pratique ou phénomène, Les Vendredis Intellos, c’est de la matière cérébrale, de fonds, de la réflexion et du partage. S’il est clair qu’un état d’esprit « politiquement non-violent » règne, je le trouve positif et n’excluant ni le débat ni la controverse. Peut-être est-ce du au talent brillant de Mme Déjantée, qui sait re-cadrer, modérer et ouvrir intelligemment la parole autour des thèmes abordés.
Moi, j’aime beaucoup écrire parce que je m’y sens libre d’exprimer mon avis, mes questions, et que chacun de mes articles est un appel à en savoir plus.

Heureusement,  je lis les contributions et elles m’apportent beaucoup  : de la réflexion, de l’émotion… J’ai aussi découvert le monde merveilleux de la blogosphère!

Les Vendredis Intellos, c’est de la mise en abîme des blogs de toute une chacune, un lieu de ralliement, d’échange, de rencontre, qui s’auto-alimamente.
Prenez l’apparence du blog collectif, ben avant c’était comme dans la pub, pas terrible. Et grâce au travail de Mère Courage, c’est maintenant le top, très sympa (un peu vert à mon goût, mais j’aime bien le vert quand même), ça donne une belle idée du contenu. Merci à Mère Courage d’avoir si bien saisi l’esprit des Vendredis Intellos! Je vous invite à aller voir son propre blog).

A Vendredi!

Une musique d’avant la musique

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(image du site http://www.franciscorpataux.com)
 »

Som Som

véni véni véni véni

som som

véni véni Donne »

Ce sont les paroles orales d’une berceuse en occitan que chantait ma grand-mère paternelle, pourtant née dans un petit village en Algérie.

Cette berceuse est un souvenir de mon enfance, de ma grand-mère. La dernière fois qu’elle me l’a chanté, c’était à ma demande. Je venais de participer à un spectacle en plein-air à Montaillou (dans l’Aude) sur les Cathares. Une comédienne, représentant une villageoise du XIIème siècle, chantait cette berceuse à son enfant. Hors d’âge ce chant doux et enveloppant, m’avait été transmis, vivant, par ma famille, malgré les vicissitudes des exodes, des migrations humaines.

Elle m’a touché, moi, miss patrimoine, me révélant que l’histoire de ma famille avait des racines médiévales, occitanes bien identifiées.

J’ai au coeur de chanter cette berceuse à mon fils, même si je n’en connais que le refrain et la mélodie. J’ai essayé de la retrouvé sur le net, mais les versions disponibles sont très différentes. (la version la plus proche est celle- là)

J’ai voulu vous faire partager cette histoire à la suite de la lecture d’un encart du magazine Causette « Berceuses sans frontières »  :

« Toutes les mères du monde chantent pour calmer leur enfant. Là aussi, (référence à l’article « la Mélodie des bébés »  sur le langage  » mamanais » c’est à dire la façon dont on s’adresse aux bébés) il y a des constantes. C’est ce qu’a démontrer l’ethnomusicologue québécois Francis Corpataux. Il passe son temps à enregistrer et à étudier les berceuses du monde entier. De la Chine à l’Afrique ou la Mongolie, les pratiques musicales sont d’une extrême diversité. Et, pourtant, les berceuses ont toutes un air de famille. C’est la musique d’avant la musique, qui s’enracine dans un patrimoine commun à toute l’humanité. On peut découvrir une partie des enregistrements de Francis Corpataux au musée du Quai Branly. » http://www.quaibranly.fr

Ceci expliquerait que les disques de berceuses du monde aient un tel succès?

Et vous avez-vous des berceuses familiales, des chansons qui enracinent votre famille dans son/ses héritage(s) culturel(s) inestimable(s)?

Ceci est ma participation en chanson aux Vendredis Intellos.

Toutes et tous aux côtés des Sages-Femmes

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Vous vouliez la suite de Freinet ou d’Arno Stern? ce sera pour de prochains vendredis! Promis!
Aujourd’hui, en cette 20ème cession des Vendredis Intellos, je vais vous parler d’un article sur la profession de Sage-Femme, tiré du fameux mensuel Causette. C’est aussi l’occasion de présenter Causette, ma nouvelle keupine!
(cet article n’est pas sponsorisé!)

Depuis deux semaines, j’édite sur mon blog le récit de mon accouchement. Le deuxième volet a été énormément lu (peu commenté, c’est bien dommage). Le dernier est programmé pour la semaine prochaine. J’y cause de mes déboires à la maternité, de ma rencontre avec un personnel soignant pas forcément à l’écoute dans un moment fragile et unique : la naissance de son enfant.
Il ne faut pas se méprendre, j’ai aussi rencontré des Sages-Femmes et des aides-soigantes/auxiliaires, sympathiques et compétentes!
J’ai fait ma préparation à l’accouchement physiologique avec un cabinet de sages-femmes libérales. J’ai rencontré des femmes professionnelles, accueillantes dont la vocation n’était pas un argument d’embauche.
Tous, nous, futurs et nouveaux parents, les rencontrons un jour. Incontournables, elles sont en colères, elles réclament une revalorisation de leur statut. Ce n’est pas nouveau. Quand Jospin était premier ministre, elles manifestaient et parmi le cortège se trouvait sa mère (c’est un souvenir qui m’a marqué).

L’article d’Adélaïde Robault « Le baby-blues des sages-femmes » nous éclaire sur les prérogatives des Sages-Femmes :
 » Marie-Cécile pratique l’accompagnement global des futures mères. L’ensemble des compétences de la Sage-Femme y est mis à contribution, dans le respect de la physiologie. Outre les accouchements, celles-ci sont en effet qualifiées pour assurer le suivi des femmes en bonne santé avant, pendant et après l’accouchement. Elles savent dépister les pathologies de la grossesse et orienter leurs patientes vers un médecin si nécessaire.

Dans les faits, l’organisation des maternités a tendance à compartimenter le travail en plusieurs postes ( accouchement, suite de couches, soins des nourrissons, consultations, préparation…) et beaucoup de libérales préfèrent s’en tenir à des prises en charge réduites, moins contraignantes et qui excluent l’accouchement. Sauf si, à l’exemple de Marie-Cécile, elles ont accès à un plateau technique, comme la loi les y autorise depuis 1991. Ou si elles décident de pratiquer des accouchements à domicile. Un acte légal, mais fortement découragé par des obligations réglementaires très coûteuses. « les compagnies d’assurance réclament jusqu’à 20 000 euros par an pour couvrir l’accouchement à domicile. » Témoigne Françoise Bardes, une « ancienne » installée à Paris. »

Oui, mes sages-femmes libérales n’avaient plus accès à un plateau technique sur Bordeaux en 2009, à leur grand mécontentement. Moi,je ne voulais pas accoucher à la maison., et seule une Sage-Femme les pratiquait sur l’agglomération.

Elles ne sont pas reconnues dans leur spécificité, ni médecin, ni infirmière, leur rôle devrait pourtant s’amplifier à l’avenir.
« A l’avenir, leur charge de travail ne va pas faiblir, et ce, pour deux raisons. D’abord parce que la Sécurité Sociale, toujours en quête d’économies, est en train de réduire l’hospitalisation post-partum de quatre à trois jours, et peut-être même à deux, à terme, pour les mères bien-portantes. Un choix politique qui implique la création de réseaux entre maternités et Sages-Femmes libérales : ces dernières assureront la prise en charge dès le retour à la maison.  » Généraliser les sorties précoces au troisième jour, en plein baby-blues, va augmenter les cas de dépression chez les mères qui se retrouvent seules à la maison. », s’inquiète déjà Marie-Christine Perruchaud, libérale à Tours. Sans compter la répartition inégale des Sages-Femmes sur le territoire,en ville comme en milieu rural, risque de réduire l’accès aux soins.
Ensuite, les Sages-Femmes devraient récupérer le suivi des femmes en bonne santé pour pallier la pénurie des gynécologues médicaux, laquelle devrait atteindre son pic en 2020 (il n’y aura alors plus que 180 médecins pour 30 millions de femmes). La profession, unanime, espère que ce surcroît de sollicitations s’accompagnera d’un vrai changement des mentalités.
 »

Voilà qui dresse un constat plutôt alarmant : 180 pour 30 millions… et deux jours de séjour à la maternité. La médicalisation à outrance de la maternité vit-elle donc ses dernières heures? Si on voit le bon côté des choses, l’accouchement redevient l’affaire des femmes. Mais cela ne devrait pas être improvisé, sinon, le risque n’est-il pas la précarisation des femmes qui accouchent?

Existe-t-il des solutions? Peut-être un renforcement des moyens de formation des Sages-Femmes, une meilleure reconnaissance de leurs compétences. Matériellement, le développement des « maisons de naissance » n’est-il pas souhaitable, d’autant qu’un encart à l’article avance l’argument suivant  » Avec des prises en charge moins chères, cette alternative aurait l’avantage de participer à la réduction des dépenses de santé. »

C’était ma contribution à la vingtième semaine des Vendredis Intellos de Mme Déjantée.

Celle qui refuse l’aide

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La relève. Il est 7h30 du matin.
Juste avant et après une courte sieste, j’ai vomi (deux fois, et je sens bien que ça exaspère le personnel de devoir me changer, passer les perfs etc). Personne ne m’a dit que l’accouchement était proche. Je fais connaissance avec la sage-femme du matin, plus agée, plus aguerrie. Elle me place autoritairement sur le dos, et presque assise. Plus tard, alors qu’on parle de l’obstétricien et de l’haptonomie, elle passe sa main sous mon bassin et me le fait basculer sans ménagement…
Sur le mur, en face de moi, des posters expliquant les positions d’accouchement de Bernadette de Gasquet. Rien à voir avec ce que je suis en train de vivre.

Vers 5h du matin, je m’étais ré-injecté une dose d’anesthésiant.
Alors que j’étais dilatée à 8, vers 8h30,la sage-femme me fait peur « si vous ne faites rien, vous allez sentir les contractions mais beaucoup plus fortes que quand on vous a posé la péridurale ». je me retrouve seule, avec un dilemme… Finalement j’appuie sur le bouton. Et je ne sens plus du tout mes jambes…

Je demande à la sage-femme qu’elle rapproche les étriers de mes pieds pour ouvrir un peu mon bassin « on verra ça avec l’obstétricien au dernier moment ». Même son de cloche de la part de l’obstétricien.
Au moment du passage du bébé je poussais en soufflant, et je me fais engueuler par l’obstétricien. Alors, je feins, et je souffle en douce dans ma chemise d’hôpital remontée jusque devant mon nez quand il faut pousser. Je ne veux pas bloquer ma respiration, je sais que c’est mauvais, que ça fait descendre tous les organes et que ça n’aide pas le bébé.
Finalement il me dira que j’ai bien poussé !
Le médecin est obligé d’utiliser un forceps avec une « chaussette » en silicone pour sortir le bébé,Il prend quand même le temps de m’explique ce qu’il fait. Il me fait faire une manœuvre de Mac Robert, qu’il m’avait bien expliqué quand je lui aivais montré les radios.
Episiotomie à droite.

Mon fils naît, on me le pose sur le ventre, il ne pleure pas, est tout bleu. J’entends « le cordon, vite! », la sage-femme saisie mon fils et le fait glisser-retomber sur sur mon ventre, je pose les mains sur lui : « Mon bébé ! », elle se saisit d’un papier absorbant et l’attrape sous les bras. Je le vois passer derrière mes pieds, bleu, en position « crucifier », et tout le monde, sauf mon compagnon, suit le bébé. On se retrouve hébétés et seuls. Lui pleure de n’avoir pas pu couper le cordon…
Puis on entend un bébé pleurer de l’autre côté du couloir. Oui, c’est lui, c’est bien notre bébé qui pleure.

L’obstétricien revient, mon compagnon lui demande l’autorisation de voir notre enfant et l’obtient. Il se heurte à un mur médicale. Il fait le forcing, et arrive à le voir…
Pendant qu’il descend appeler la famille, je reçois une visite surréaliste : celle du pédiatre qui m’annonce l’ »hypospadias » de mon fils. Je me suis vraiment demandé de quoi il me parlait… Je n’avais pas encore vu mon garçon, j’étais dans les choux.

Une heure après la naissance, alors que le petit n’a plus qu’une surveillance du taux d’oxygène, mon compagnon insiste, bataille, pour que la couveuse soit déplacée dans la salle où je suis pour que je vois mon fils.
On me l’apporte, la couveuse 10 cm plus haute que la table sur laquelle je suis allongée, la tête du bébé tournée vers le mur, avec la recommandation de ne pas trop ouvrir les petites portes de la couveuse pour ne pas faire descendre la température (on est le 17 août, il fait 35°c dehors). À trois reprises je demande à changer la position de la couveuse… Finalement c’est l’obstétricien, qui me recoud, qui se déplace, monte mon lit et tourne la couveuse. Pathétique.
Quelques minutes plus tard, la sage-femme remplis le dossier sur l’ordinateur à l’autre bout de la salle. Me demande d’épeler le nom de mon fils, n’entend pas, me fait répété… et moi je répète une fois, deux fois, alors que j’essaie de faire connaissance avec Joachim et que le médecin me recoud. C’est encore lui qui intervient pour arrêter ce sketch et lui demande de regarder plutôt sur un dossier où tout est noté…
Fin de l’épisode ? NON !!!!

J’ai demandé à l’auxiliaire de puériculture d’avoir mon bébé sur moi quand elles lui ferait une petite piqûre au talon. « Oui, oui ». Et bien, non finalement!!!
Je les vois faire, sans pouvoir participer. Quand je demande des comptes, on me répond que c’était pour éviter que je bouge ! (la péridurale fait encore effet).
Après tout ça, la saturation est bonne, mais le pédiatre, qui est parti, a préconiser « de laisser le bébé encore une heure dans la couveuse ». Une fois de plus mon compagnon intervient pour que l’auxiliaire appelle le pédiatre et sorte Joachim de la couveuse pour me le donner.
Ce qui est enfin fait!

Elle me dit qu’il faut qu’il tète et me propose son aide, je dis, « ça va aller, merci » ( je pense que tout va se passer naturellement, comme on me l’a expliquer, vous savez, le bébé qui se dirige de lui même vers se sein prometteur). Elle ne me précise pas qu’il est en hypoglycémie…
On reste tous les trois un petit moment, mais Joachim ne tète pas.
L’auxiliaire revient, habille Joachim, et me le redonne. Avec la sage-femmme, elles essaient de le faire téter. J’ai mon fils dans les bras et deux bonne-femmes qui me prennent le téton, y colle la tête du bébé. Je le sens glisser, pas à l’aise dans cette position. Je dis « attendez ! ». et l’auxiliaire s’en va. Si elle avait pu claquer la porte, elle l’aurait fait.
Je reste avec la sage-femme et tranquillement, on reprend un peu l’allaitement. Le petit tète un peu. L’auxiliaire revient et demande s’il a tété. C’est la sage-femme qui répond « oui, un peu ». Et l’auxiliaire menace «s’il ne tète pas, c’est le biberon, parce qu’il est en hypoglycémie » (heureuse de le savoir).

Un peu plus tard, seule avec mon bébé, qui s’endort, je regarde la feuille posée sur le berceau : la fiche de liaison sur laquelle est souligné deux fois « refuse l’aide ». Je montre cette feuille à Eric… et on essaie de trouver quelqu’un pour m’aider à allaiter mon fils. Il doit être midi, le service est calme. Il revient ave l’obstétricien, qui m’aide plutôt à tenir mon bébé qu’a l’allaiter, dans une démarche d’haptonomie.

Encore plus tard, l’auxiliaire revient et Eric lui demande de nous aider, il fait le médiateur, parce que je ne veux/peux même pas regarder et parler à cette femme. Elle lui répond qu’elle veut bien que c’est son métier depuis 20 ans et que c’est seulement si je le veux bien !

Elle m’explique (elle me pince le sein et fourre le téton dans la bouche de mon fils, lui tenant un peu la tête), et le petit tète (enfin).

Elle nous a tous allaité un an, ce qui était extraordinaire

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« Elle nous a tous allaité un an, ce qui était extraordinaire puisqu’a cette époque là, déjà, les mères bourgeoises n’allaitaient plus leurs enfants. mais c’était un principe de mon grand-père maternel : une femme doit donner le sein à son enfant pendant un an. Alors elle l’a fait, parce qu’elle était très fixée à son père, et je crois que c’est énorme ce qu’elle a fait là.
Et quand moi, j’ai failli mourir à six mois, d’une double broncho-pneumonie, c’est ma mère qui m’a sauvé en me gardant contre elle pendant toute la nuit sans me remettre dans le berceau, serrée contre son sein. Elle m’a tout à fait sauvé.
 »

Voilà un tout petit extrait du très riche et fameux livre Enfances de Françoise Dolto, que j’ai déjà commenté ici.

J’aime beaucoup le ton à la fois sérieux, admiratif et désinvolte quand elle parle de sa mère, et de l’allaitement.
Elle met en avant les bienfaits de cet allaitement, son rôle thérapeutique et indéniablement affectif (la petite Françoise est tombée malade juste après le renvoie de sa nurse anglaise, qui l’aimait énormément).
Rien de nouveau sous notre soleil : Dolto 1-maternage proximal 1!
Ce passage évoque toutefois les moeurs de la bourgeoisie du début du 20ème siècle, et nous éclaire sur deux aspects que je voulais souligner :
Les femmes ne nourrissaient pas ou plus leurs enfants, dans les hautes sphères de la société. Et le faire relevait d’un esprit plutôt original, si on en croit Dolto. A ce sujet, j’irai bien faire un petit tour du côté de chez Mme Badinter, non pas pour lire Le Conflit, dont j’ai fait une critique, mais L’Amour en Plus, et je viendrais vous en faire un compte-rendu pour les VI, ça vous dit? (clin d’oeil à Mme Déjantée et son debriefing n°16)

Ce qui m’interpelle dans cet extrait, c’est l’importance accordée au respect des « coutumes » familiales, dictées par les hommes, même en matière d’allaitement! Qui maintenant se laisserai imposer ces pratiques, intimes, par son père, son beau-père ou même son mari? Si nos hommes sont nos soutiens dans nos choix de « maternage », ils n’en sont plus, et c’est heureux, les législateurs.
Chez nous, j’ai allaité 9 mois, par choix, envie, disponibilité. Je sais aussi que mon homme rêvait de nourrir son rejeton. Et sa joie fut immense quand il a pu (enfin) donner un bibi de mon lait à notre fils.
Tout ça pour vous dire que nos aïeules connaissaient, intuitivement, les bienfaits de l’allaitement. Ce qui a évolué, c’est la place des pères dans la famille, et leur(s) rapport(s) aux nourrissons. Je suis heureuse de vivre au 21ème siècle pour cette raison!

Je pars en vacances ce vendredi, je serais même sur la route (et sous la pluie) au moment où cette contribution sera publiée pour les Vendredis Intellos. Je pourrais lire vos commentaires, mais je serais peut-être trop occupée pour y répondre dans l’immédiat. Ne m’en voulez pas!

Bon remue méninges!

la « kèche »

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« Maman, la kèche, c’est GENIAL« , Joachim, deux ans tout juste.
ouai, la crèche, c’est génial mais ça me fait aussi tout drôle, mon crapaud! Et je vais t’expliquer pourquoi.
D’abord, depuis que tu es parmi nous, je m’occupe de toi à temps plein, avec ton papa et ta Nonna qui était aussi là pour t’accompagner certains jours. Nous ne croyions plus avoir une place en crèche, mais nous renouvelions nos demandes, histoire de ne pas passer à côté d’un coup de chance. Et ce coup de chance est arrivé juste avant l’été! Crèche « d’application » à 5 minutes à pied de la maison, trois jours par semaine.
Alors, te voir partir de la maison et du giron familial, te voir grandir, ça fait drôle! Même si je sais que tu es un grand bonhomme, ton entrée dans la vie sociale marque une étape. Tu évolues hors de moi, avec les autres…
Et puis, c’est une chance pour que tu puisses appréhender cette vie en collectivité avant le grand saut, celui de l’école.
Je te regardai lors de la visite des deux ans avec ta docteur, elle te parlait, te demandait de lire, d’empiler des objets, de faire un puzzle, de te déshabiller etc… pendant tout l’examen, tu étais attentif, concentré, tu répondais à la lettre à ses demandes, et je ne suis pas intervenue. J’étais fière et émerveillée de te voir si « grand ».
Et quand je viens te chercher le soir à la « Kèche », toutes me disent combien tu t’adaptes bien, combien tu es conciliant, intéressant, combien aussi tu t’intéresses aux autres et tu les aides.
C’est GENIAL, oui, parce que je découvre un autre Joachim, d’autres facettes de ta personnalité toute neuve.

Et nos retrouvailles du soir sont si intenses, si riches, si précieuses. Heureux de nous retrouver après nos journées respectives, nos jardins secrets.

Alors oui, la « Kèche » c’est génial pour toi… et pour moi!