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Toutes et tous aux côtés des Sages-Femmes

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Vous vouliez la suite de Freinet ou d’Arno Stern? ce sera pour de prochains vendredis! Promis!
Aujourd’hui, en cette 20ème cession des Vendredis Intellos, je vais vous parler d’un article sur la profession de Sage-Femme, tiré du fameux mensuel Causette. C’est aussi l’occasion de présenter Causette, ma nouvelle keupine!
(cet article n’est pas sponsorisé!)

Depuis deux semaines, j’édite sur mon blog le récit de mon accouchement. Le deuxième volet a été énormément lu (peu commenté, c’est bien dommage). Le dernier est programmé pour la semaine prochaine. J’y cause de mes déboires à la maternité, de ma rencontre avec un personnel soignant pas forcément à l’écoute dans un moment fragile et unique : la naissance de son enfant.
Il ne faut pas se méprendre, j’ai aussi rencontré des Sages-Femmes et des aides-soigantes/auxiliaires, sympathiques et compétentes!
J’ai fait ma préparation à l’accouchement physiologique avec un cabinet de sages-femmes libérales. J’ai rencontré des femmes professionnelles, accueillantes dont la vocation n’était pas un argument d’embauche.
Tous, nous, futurs et nouveaux parents, les rencontrons un jour. Incontournables, elles sont en colères, elles réclament une revalorisation de leur statut. Ce n’est pas nouveau. Quand Jospin était premier ministre, elles manifestaient et parmi le cortège se trouvait sa mère (c’est un souvenir qui m’a marqué).

L’article d’Adélaïde Robault « Le baby-blues des sages-femmes » nous éclaire sur les prérogatives des Sages-Femmes :
 » Marie-Cécile pratique l’accompagnement global des futures mères. L’ensemble des compétences de la Sage-Femme y est mis à contribution, dans le respect de la physiologie. Outre les accouchements, celles-ci sont en effet qualifiées pour assurer le suivi des femmes en bonne santé avant, pendant et après l’accouchement. Elles savent dépister les pathologies de la grossesse et orienter leurs patientes vers un médecin si nécessaire.

Dans les faits, l’organisation des maternités a tendance à compartimenter le travail en plusieurs postes ( accouchement, suite de couches, soins des nourrissons, consultations, préparation…) et beaucoup de libérales préfèrent s’en tenir à des prises en charge réduites, moins contraignantes et qui excluent l’accouchement. Sauf si, à l’exemple de Marie-Cécile, elles ont accès à un plateau technique, comme la loi les y autorise depuis 1991. Ou si elles décident de pratiquer des accouchements à domicile. Un acte légal, mais fortement découragé par des obligations réglementaires très coûteuses. « les compagnies d’assurance réclament jusqu’à 20 000 euros par an pour couvrir l’accouchement à domicile. » Témoigne Françoise Bardes, une « ancienne » installée à Paris. »

Oui, mes sages-femmes libérales n’avaient plus accès à un plateau technique sur Bordeaux en 2009, à leur grand mécontentement. Moi,je ne voulais pas accoucher à la maison., et seule une Sage-Femme les pratiquait sur l’agglomération.

Elles ne sont pas reconnues dans leur spécificité, ni médecin, ni infirmière, leur rôle devrait pourtant s’amplifier à l’avenir.
« A l’avenir, leur charge de travail ne va pas faiblir, et ce, pour deux raisons. D’abord parce que la Sécurité Sociale, toujours en quête d’économies, est en train de réduire l’hospitalisation post-partum de quatre à trois jours, et peut-être même à deux, à terme, pour les mères bien-portantes. Un choix politique qui implique la création de réseaux entre maternités et Sages-Femmes libérales : ces dernières assureront la prise en charge dès le retour à la maison.  » Généraliser les sorties précoces au troisième jour, en plein baby-blues, va augmenter les cas de dépression chez les mères qui se retrouvent seules à la maison. », s’inquiète déjà Marie-Christine Perruchaud, libérale à Tours. Sans compter la répartition inégale des Sages-Femmes sur le territoire,en ville comme en milieu rural, risque de réduire l’accès aux soins.
Ensuite, les Sages-Femmes devraient récupérer le suivi des femmes en bonne santé pour pallier la pénurie des gynécologues médicaux, laquelle devrait atteindre son pic en 2020 (il n’y aura alors plus que 180 médecins pour 30 millions de femmes). La profession, unanime, espère que ce surcroît de sollicitations s’accompagnera d’un vrai changement des mentalités.
 »

Voilà qui dresse un constat plutôt alarmant : 180 pour 30 millions… et deux jours de séjour à la maternité. La médicalisation à outrance de la maternité vit-elle donc ses dernières heures? Si on voit le bon côté des choses, l’accouchement redevient l’affaire des femmes. Mais cela ne devrait pas être improvisé, sinon, le risque n’est-il pas la précarisation des femmes qui accouchent?

Existe-t-il des solutions? Peut-être un renforcement des moyens de formation des Sages-Femmes, une meilleure reconnaissance de leurs compétences. Matériellement, le développement des « maisons de naissance » n’est-il pas souhaitable, d’autant qu’un encart à l’article avance l’argument suivant  » Avec des prises en charge moins chères, cette alternative aurait l’avantage de participer à la réduction des dépenses de santé. »

C’était ma contribution à la vingtième semaine des Vendredis Intellos de Mme Déjantée.

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Celle qui refuse l’aide

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La relève. Il est 7h30 du matin.
Juste avant et après une courte sieste, j’ai vomi (deux fois, et je sens bien que ça exaspère le personnel de devoir me changer, passer les perfs etc). Personne ne m’a dit que l’accouchement était proche. Je fais connaissance avec la sage-femme du matin, plus agée, plus aguerrie. Elle me place autoritairement sur le dos, et presque assise. Plus tard, alors qu’on parle de l’obstétricien et de l’haptonomie, elle passe sa main sous mon bassin et me le fait basculer sans ménagement…
Sur le mur, en face de moi, des posters expliquant les positions d’accouchement de Bernadette de Gasquet. Rien à voir avec ce que je suis en train de vivre.

Vers 5h du matin, je m’étais ré-injecté une dose d’anesthésiant.
Alors que j’étais dilatée à 8, vers 8h30,la sage-femme me fait peur « si vous ne faites rien, vous allez sentir les contractions mais beaucoup plus fortes que quand on vous a posé la péridurale ». je me retrouve seule, avec un dilemme… Finalement j’appuie sur le bouton. Et je ne sens plus du tout mes jambes…

Je demande à la sage-femme qu’elle rapproche les étriers de mes pieds pour ouvrir un peu mon bassin « on verra ça avec l’obstétricien au dernier moment ». Même son de cloche de la part de l’obstétricien.
Au moment du passage du bébé je poussais en soufflant, et je me fais engueuler par l’obstétricien. Alors, je feins, et je souffle en douce dans ma chemise d’hôpital remontée jusque devant mon nez quand il faut pousser. Je ne veux pas bloquer ma respiration, je sais que c’est mauvais, que ça fait descendre tous les organes et que ça n’aide pas le bébé.
Finalement il me dira que j’ai bien poussé !
Le médecin est obligé d’utiliser un forceps avec une « chaussette » en silicone pour sortir le bébé,Il prend quand même le temps de m’explique ce qu’il fait. Il me fait faire une manœuvre de Mac Robert, qu’il m’avait bien expliqué quand je lui aivais montré les radios.
Episiotomie à droite.

Mon fils naît, on me le pose sur le ventre, il ne pleure pas, est tout bleu. J’entends « le cordon, vite! », la sage-femme saisie mon fils et le fait glisser-retomber sur sur mon ventre, je pose les mains sur lui : « Mon bébé ! », elle se saisit d’un papier absorbant et l’attrape sous les bras. Je le vois passer derrière mes pieds, bleu, en position « crucifier », et tout le monde, sauf mon compagnon, suit le bébé. On se retrouve hébétés et seuls. Lui pleure de n’avoir pas pu couper le cordon…
Puis on entend un bébé pleurer de l’autre côté du couloir. Oui, c’est lui, c’est bien notre bébé qui pleure.

L’obstétricien revient, mon compagnon lui demande l’autorisation de voir notre enfant et l’obtient. Il se heurte à un mur médicale. Il fait le forcing, et arrive à le voir…
Pendant qu’il descend appeler la famille, je reçois une visite surréaliste : celle du pédiatre qui m’annonce l’ »hypospadias » de mon fils. Je me suis vraiment demandé de quoi il me parlait… Je n’avais pas encore vu mon garçon, j’étais dans les choux.

Une heure après la naissance, alors que le petit n’a plus qu’une surveillance du taux d’oxygène, mon compagnon insiste, bataille, pour que la couveuse soit déplacée dans la salle où je suis pour que je vois mon fils.
On me l’apporte, la couveuse 10 cm plus haute que la table sur laquelle je suis allongée, la tête du bébé tournée vers le mur, avec la recommandation de ne pas trop ouvrir les petites portes de la couveuse pour ne pas faire descendre la température (on est le 17 août, il fait 35°c dehors). À trois reprises je demande à changer la position de la couveuse… Finalement c’est l’obstétricien, qui me recoud, qui se déplace, monte mon lit et tourne la couveuse. Pathétique.
Quelques minutes plus tard, la sage-femme remplis le dossier sur l’ordinateur à l’autre bout de la salle. Me demande d’épeler le nom de mon fils, n’entend pas, me fait répété… et moi je répète une fois, deux fois, alors que j’essaie de faire connaissance avec Joachim et que le médecin me recoud. C’est encore lui qui intervient pour arrêter ce sketch et lui demande de regarder plutôt sur un dossier où tout est noté…
Fin de l’épisode ? NON !!!!

J’ai demandé à l’auxiliaire de puériculture d’avoir mon bébé sur moi quand elles lui ferait une petite piqûre au talon. « Oui, oui ». Et bien, non finalement!!!
Je les vois faire, sans pouvoir participer. Quand je demande des comptes, on me répond que c’était pour éviter que je bouge ! (la péridurale fait encore effet).
Après tout ça, la saturation est bonne, mais le pédiatre, qui est parti, a préconiser « de laisser le bébé encore une heure dans la couveuse ». Une fois de plus mon compagnon intervient pour que l’auxiliaire appelle le pédiatre et sorte Joachim de la couveuse pour me le donner.
Ce qui est enfin fait!

Elle me dit qu’il faut qu’il tète et me propose son aide, je dis, « ça va aller, merci » ( je pense que tout va se passer naturellement, comme on me l’a expliquer, vous savez, le bébé qui se dirige de lui même vers se sein prometteur). Elle ne me précise pas qu’il est en hypoglycémie…
On reste tous les trois un petit moment, mais Joachim ne tète pas.
L’auxiliaire revient, habille Joachim, et me le redonne. Avec la sage-femmme, elles essaient de le faire téter. J’ai mon fils dans les bras et deux bonne-femmes qui me prennent le téton, y colle la tête du bébé. Je le sens glisser, pas à l’aise dans cette position. Je dis « attendez ! ». et l’auxiliaire s’en va. Si elle avait pu claquer la porte, elle l’aurait fait.
Je reste avec la sage-femme et tranquillement, on reprend un peu l’allaitement. Le petit tète un peu. L’auxiliaire revient et demande s’il a tété. C’est la sage-femme qui répond « oui, un peu ». Et l’auxiliaire menace «s’il ne tète pas, c’est le biberon, parce qu’il est en hypoglycémie » (heureuse de le savoir).

Un peu plus tard, seule avec mon bébé, qui s’endort, je regarde la feuille posée sur le berceau : la fiche de liaison sur laquelle est souligné deux fois « refuse l’aide ». Je montre cette feuille à Eric… et on essaie de trouver quelqu’un pour m’aider à allaiter mon fils. Il doit être midi, le service est calme. Il revient ave l’obstétricien, qui m’aide plutôt à tenir mon bébé qu’a l’allaiter, dans une démarche d’haptonomie.

Encore plus tard, l’auxiliaire revient et Eric lui demande de nous aider, il fait le médiateur, parce que je ne veux/peux même pas regarder et parler à cette femme. Elle lui répond qu’elle veut bien que c’est son métier depuis 20 ans et que c’est seulement si je le veux bien !

Elle m’explique (elle me pince le sein et fourre le téton dans la bouche de mon fils, lui tenant un peu la tête), et le petit tète (enfin).