Exil(s)

Par défaut

Je ferme les yeux, et ce même paysage m’apparaît : La maison massive les pieds dans le sable, la langue blonde et fine de la plage de sable grossier, la mer et son horizon qui se confond avec le ciel, et la présence écrasante et impressionnante de la falaise. Le soir d’été, quand le soleil se couche quand la lumière est d’une jaune d’or, quand ses rayons font vibrer le bleu de l’eau et le rouge du chalutier qui rentre au port… Les ballades sur la falaise, à ramasser du thym, avec le vent et la peur de s’approcher trop près du bord. Les tablées d’au minimum 8 personnes, parfois 20 souvent 12 à se partager la frita de ma grand mère; tablée installée dans la cour sous des bâches blanches ou bleues tendues, et les fils d’ampoules de fête blanches. Ces journées de vacances, à rôtir sur le sable, à jouer dans l’eau (froide). Ma mémoire mélange les images d’enfance et d’adolescence dans un même magma de bonheur indéfinissable : les vacances à Leucate! Je me souviens du muret qui délimitait la plage, remplacé par des bloques de pierre et une barrière en métal, des plantes grasses aux fleurs colorées qui couraient sur la plage, vites disparues, anéanties par les serviettes des touristes, les machines à nettoyer le sable. Et aussi, des petit scorpions noirs qui sortaient du dessous des bâteaux garés en haut de la plage, le soir quand je discutais avec un copain…  premiers flirts, premiers émois, premières larmes, et ma peau qui se dorait comme un petit pain au lait.

Cette maison, mes souvenirs, n’appartiennent plus qu’a mes rêves. Et mon esprit s’égare dans la chaleur de l’été souvent quand mes yeux sont clos. Fantasmes d’un passé merveilleux aux mille possibles, je vis ce pays des vacances comme un exil à moi même. Je revis l’exil des miens, je le comprends. Etres humains pétris d’ailleurs, ils m’ont légué cette douleur de vivre dans un monde qu’ils ne connaissent plus.

Les larmes de mon père quand il nous a regardé, avec nos sourires émus, lever les yeux sur sa maison d’enfance sur le plateau St Michel à Oran, boulevard Fulton.

La gorge qui se serre quand je lis le manuscrit de ma grand-mère maternelle racontant comment, elle et sa famille,  se sont fait expulser de leur maison à Metz par les allemands : « Les restes du lapin, la vaisselle, tout est resté comme ça. Les allemands ont appelé du bas de l’escalier notre nom « Lécléré ». Je les entends encore. On a pris les sacs, descendu, les avons mis sur la charrette et on est montés sur la place de la Nation, où il y avait déjà plusieurs cars et beaucoup de monde qui, comme nous, allaient être expulsés. Plus les amis, voisins, ou parents qui étaient venus les accompagner. Les allemands appelaient les familles, les unes après les autres, et les faisaient monter dans les cars avec leurs bagages. (…) J’avais pris ma poupée, Gen son baigneur. Tout le reste, meubles, literie, vaisselle, vélos, même mon violon, on a été obligés de tout laisser sur place. On espérait que l’on reviendrait vite, pour récupérer notre appartement.« 

Je regarde l’océan, je ne suis pas d’ici moi non plus. Mais que faire de ces histoires et des ces souffrances quand elles résonnent? Vivre vivre, et parfois avec l’envie de partir, de rentrer.

Je suis une fille de la Méditerranée…

http://www.jukebo.fr/zebda/clip,tombes-des-nues,uukuv.html

Publicités

À propos de muuuum

j'ai 35 ans et je suis la maman d'un petit garçon de 1 an. Je suis à la maison, par choix et par nécessité. je regarde grandir ce petit homme... nous avons, avec son papa, fait des choix autour d'une parentalité respectueuse de l'enfant, de l'humain et de la planète. Mais celà ne va pas sans interrogations, sans doutes, sans convictions aussi... témoignage de parents concernés...

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s