Celle qui n’écoute pas

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J’ai géré la préparation, j’ai refusé de l’aide, et ce soir, je vous raconte comment j’ai été l’emmerdeuse de la maternité, celle qui n’écoute pas…

Il est quatre heures du matin, le mardi. Je n’ai quasiment pas dormi depuis dimanche 6 heures. Mon fils pleure, et les promenades de papa, les câlins et les seins de maman ne le calment pas. Nous sommes désemparés, nous appelons plusieurs fois l’infirmière de garde. Sa réponse est « il a faim, ma collègue dit qu’un enfant qui pleure comme ça, c’est qu’il a faim. » Je l’ai mis au sein, il le repousse, alors que toute la journée, l’allaitement avait bien fonctionné! Pour moi, il n’a pas faim, il lui arrive ce qu’il arrive à tous les nouveaux-nés : le chabadabada de la deuxième nuit, mais en avance. J’essaie de le faire comprendre ou plutôt j’attends que quelqu’un nous le dise, nous rassure. La réponse sera immanquablement « il a faim, on peut lui donner un biberon vous savez. » « Non, non, non. »
Et finalement, en s’adressant à mon mec « mais je le lui répète depuis tout à l’heure et elle n’écoute pas. » J’ai dit Ok pour le bibi mais avec une pipette, quelque chose d’autre qu’un biberon pour ne pas remettre en cause mon allaitement. Elle a rigolé, « vous savez il y a la théorie et la pratique! »
Joachim a bu 10ml de lait, et s’est finalement endormi.

Tout le long de mon séjour j’ai entendu de la bouche de toutes celles qui passaient me prendre la température, me faire les soins, etc… « ici on a un service avec des néonat’ et on leur donne des bibis de lait de leur maman et ça ne remet pas en cause l’allaitement ensuite! ». Un refrain bien rodé, bien huilé, bien sponsorisé aussi…

Un soir, une élève sage-femme qui faisait des gardes pour payé ses études, est arrivée car nous l’avions appelé parce que le petit avait le hoquet. On a parlé d’allaitement à la demande…
Il faisait chaud dehors, en plein mois d’aout, et le jour suivant, l’infirmière puéricultrice est rentrée en trombe dans ma chambre en lançant à la cantonade « l’allaitement à la demande, je veux bien, mais avec cette chaleur il ne faut absolument pas laisser passer plus de cinq heures entre deux tétées. »

Mais voici l’anecdote la plus croustillante, celle finalement qui à la fois m’a assise et m’a faite bien rire.
Dernier matin, Eric, qui vous l’aurez compris avait pris un lit supplémentaire pour passer les nuits avec nous, s’en va faire des courses et prendre un café. Je lui précise « reviens avant midi, pour participer au bain ».
Sitôt parti, je vois débarqué le pédiatre (celui qui a examiné Joachim à sa naissance) avec deux auxiliaires. Moi innocente, je m’en vais avec elles dans la salle de bain. Elles m’en exclue « le pédiatre veux vous parler »…
Il me dit « bon pouvez vous me dire comment est le jet d’urine de votre fils? » Moi interloquée « je ne sais pas, je ne l’ai pas vu. » « Comment ça, vous ne savez pas s’il est normal ou fin? » « non, et c’est quoi normal ou fin? » (je n’avais pas encore eu l’immense plaisir d’une golden shower en changeant les couches de mon bébé) Lui, méprisant et un peu agacé « mais si c’est comme un cheveu ou non » Moi « ??? »
Un cri soudain, nous sort de ce dialogue surréaliste. Depuis la salle de bain, l’auxiliaire crie « il a un jet normal! ». Je me tourne vers le doc, prête à exploser de rire : « voilà, il fallait lui demander directement » (espècede…)

Ainsi s’achève mon épopée à la maternité. Je ris encore de l »histoire du jet d’urine. Mais je reste toujours, toujours en colère, avec l’impression de n’avoir pas été écoutée, que me demandes avaient été traitées comme des revendications adolescentes et non comme étant légitimes.
Je me sens encore spoliée d’une part immense de la joie de la naissance de mon fils, de ce moment unique devenu une douleur vive, même après deux ans.
Je ne saurais pas décrire l’abîme et la déception qui m’habitent depuis, qui me renvoient une image d’une maman peu confiante en ses capacités. Pourtant, il m’en a fallut de la force et du courage pour ne pas m’effondrer, pour continuer à allaiter, pour combler se manque, recoudre la plaie.
Je n’ai pas vécu le pire, mais l’accumulation des remarques, des gestes mécaniques n’ont pas permis à une atmosphère sereine de s’installer sur les premières minutes, heures et jours de notre rencontre.

Je vous livre tout ça, pour me sentir moins seule avec cette colère, pour pouvoir la laisser derrière moi, derrière nous, et pour que les pratiques hospitalières autour de la maternité changent.

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À propos de muuuum

j'ai 35 ans et je suis la maman d'un petit garçon de 1 an. Je suis à la maison, par choix et par nécessité. je regarde grandir ce petit homme... nous avons, avec son papa, fait des choix autour d'une parentalité respectueuse de l'enfant, de l'humain et de la planète. Mais celà ne va pas sans interrogations, sans doutes, sans convictions aussi... témoignage de parents concernés...

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  1. Pas facile de se faire entendre. Et pourtant, tes demandes me paraissent légitimes. Naturelles.

    Je n’ai pas encore de bébé, mais, je pense, comme toi, que chaque parent a ses propres choix à faire (dans le respect de l’enfant, évidemment, la question n’est pas là). Et que les médecins et autres spécialistes doivent accompagner les parents dans leur choix plutôt que d’imposer les leurs… Dommage que les mentalités n’aient pas encore assez évolué.

    • Merci de ton message, oui, je crois qu’il y a un gros retard entre les formations des professionnels et ce qui se passe dans la société, et les découvertes « scientifiques » pour la puériculture. Je suis d’accord, les mentalités ont besoin d’évoluer. J’espère que tout se passera bien pour toi, quand tu auras un enfant!

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