Celle qui refuse l’aide

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La relève. Il est 7h30 du matin.
Juste avant et après une courte sieste, j’ai vomi (deux fois, et je sens bien que ça exaspère le personnel de devoir me changer, passer les perfs etc). Personne ne m’a dit que l’accouchement était proche. Je fais connaissance avec la sage-femme du matin, plus agée, plus aguerrie. Elle me place autoritairement sur le dos, et presque assise. Plus tard, alors qu’on parle de l’obstétricien et de l’haptonomie, elle passe sa main sous mon bassin et me le fait basculer sans ménagement…
Sur le mur, en face de moi, des posters expliquant les positions d’accouchement de Bernadette de Gasquet. Rien à voir avec ce que je suis en train de vivre.

Vers 5h du matin, je m’étais ré-injecté une dose d’anesthésiant.
Alors que j’étais dilatée à 8, vers 8h30,la sage-femme me fait peur « si vous ne faites rien, vous allez sentir les contractions mais beaucoup plus fortes que quand on vous a posé la péridurale ». je me retrouve seule, avec un dilemme… Finalement j’appuie sur le bouton. Et je ne sens plus du tout mes jambes…

Je demande à la sage-femme qu’elle rapproche les étriers de mes pieds pour ouvrir un peu mon bassin « on verra ça avec l’obstétricien au dernier moment ». Même son de cloche de la part de l’obstétricien.
Au moment du passage du bébé je poussais en soufflant, et je me fais engueuler par l’obstétricien. Alors, je feins, et je souffle en douce dans ma chemise d’hôpital remontée jusque devant mon nez quand il faut pousser. Je ne veux pas bloquer ma respiration, je sais que c’est mauvais, que ça fait descendre tous les organes et que ça n’aide pas le bébé.
Finalement il me dira que j’ai bien poussé !
Le médecin est obligé d’utiliser un forceps avec une « chaussette » en silicone pour sortir le bébé,Il prend quand même le temps de m’explique ce qu’il fait. Il me fait faire une manœuvre de Mac Robert, qu’il m’avait bien expliqué quand je lui aivais montré les radios.
Episiotomie à droite.

Mon fils naît, on me le pose sur le ventre, il ne pleure pas, est tout bleu. J’entends « le cordon, vite! », la sage-femme saisie mon fils et le fait glisser-retomber sur sur mon ventre, je pose les mains sur lui : « Mon bébé ! », elle se saisit d’un papier absorbant et l’attrape sous les bras. Je le vois passer derrière mes pieds, bleu, en position « crucifier », et tout le monde, sauf mon compagnon, suit le bébé. On se retrouve hébétés et seuls. Lui pleure de n’avoir pas pu couper le cordon…
Puis on entend un bébé pleurer de l’autre côté du couloir. Oui, c’est lui, c’est bien notre bébé qui pleure.

L’obstétricien revient, mon compagnon lui demande l’autorisation de voir notre enfant et l’obtient. Il se heurte à un mur médicale. Il fait le forcing, et arrive à le voir…
Pendant qu’il descend appeler la famille, je reçois une visite surréaliste : celle du pédiatre qui m’annonce l’ »hypospadias » de mon fils. Je me suis vraiment demandé de quoi il me parlait… Je n’avais pas encore vu mon garçon, j’étais dans les choux.

Une heure après la naissance, alors que le petit n’a plus qu’une surveillance du taux d’oxygène, mon compagnon insiste, bataille, pour que la couveuse soit déplacée dans la salle où je suis pour que je vois mon fils.
On me l’apporte, la couveuse 10 cm plus haute que la table sur laquelle je suis allongée, la tête du bébé tournée vers le mur, avec la recommandation de ne pas trop ouvrir les petites portes de la couveuse pour ne pas faire descendre la température (on est le 17 août, il fait 35°c dehors). À trois reprises je demande à changer la position de la couveuse… Finalement c’est l’obstétricien, qui me recoud, qui se déplace, monte mon lit et tourne la couveuse. Pathétique.
Quelques minutes plus tard, la sage-femme remplis le dossier sur l’ordinateur à l’autre bout de la salle. Me demande d’épeler le nom de mon fils, n’entend pas, me fait répété… et moi je répète une fois, deux fois, alors que j’essaie de faire connaissance avec Joachim et que le médecin me recoud. C’est encore lui qui intervient pour arrêter ce sketch et lui demande de regarder plutôt sur un dossier où tout est noté…
Fin de l’épisode ? NON !!!!

J’ai demandé à l’auxiliaire de puériculture d’avoir mon bébé sur moi quand elles lui ferait une petite piqûre au talon. « Oui, oui ». Et bien, non finalement!!!
Je les vois faire, sans pouvoir participer. Quand je demande des comptes, on me répond que c’était pour éviter que je bouge ! (la péridurale fait encore effet).
Après tout ça, la saturation est bonne, mais le pédiatre, qui est parti, a préconiser « de laisser le bébé encore une heure dans la couveuse ». Une fois de plus mon compagnon intervient pour que l’auxiliaire appelle le pédiatre et sorte Joachim de la couveuse pour me le donner.
Ce qui est enfin fait!

Elle me dit qu’il faut qu’il tète et me propose son aide, je dis, « ça va aller, merci » ( je pense que tout va se passer naturellement, comme on me l’a expliquer, vous savez, le bébé qui se dirige de lui même vers se sein prometteur). Elle ne me précise pas qu’il est en hypoglycémie…
On reste tous les trois un petit moment, mais Joachim ne tète pas.
L’auxiliaire revient, habille Joachim, et me le redonne. Avec la sage-femmme, elles essaient de le faire téter. J’ai mon fils dans les bras et deux bonne-femmes qui me prennent le téton, y colle la tête du bébé. Je le sens glisser, pas à l’aise dans cette position. Je dis « attendez ! ». et l’auxiliaire s’en va. Si elle avait pu claquer la porte, elle l’aurait fait.
Je reste avec la sage-femme et tranquillement, on reprend un peu l’allaitement. Le petit tète un peu. L’auxiliaire revient et demande s’il a tété. C’est la sage-femme qui répond « oui, un peu ». Et l’auxiliaire menace «s’il ne tète pas, c’est le biberon, parce qu’il est en hypoglycémie » (heureuse de le savoir).

Un peu plus tard, seule avec mon bébé, qui s’endort, je regarde la feuille posée sur le berceau : la fiche de liaison sur laquelle est souligné deux fois « refuse l’aide ». Je montre cette feuille à Eric… et on essaie de trouver quelqu’un pour m’aider à allaiter mon fils. Il doit être midi, le service est calme. Il revient ave l’obstétricien, qui m’aide plutôt à tenir mon bébé qu’a l’allaiter, dans une démarche d’haptonomie.

Encore plus tard, l’auxiliaire revient et Eric lui demande de nous aider, il fait le médiateur, parce que je ne veux/peux même pas regarder et parler à cette femme. Elle lui répond qu’elle veut bien que c’est son métier depuis 20 ans et que c’est seulement si je le veux bien !

Elle m’explique (elle me pince le sein et fourre le téton dans la bouche de mon fils, lui tenant un peu la tête), et le petit tète (enfin).

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À propos de muuuum

j'ai 35 ans et je suis la maman d'un petit garçon de 1 an. Je suis à la maison, par choix et par nécessité. je regarde grandir ce petit homme... nous avons, avec son papa, fait des choix autour d'une parentalité respectueuse de l'enfant, de l'humain et de la planète. Mais celà ne va pas sans interrogations, sans doutes, sans convictions aussi... témoignage de parents concernés...

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  1. J’ai aussi connu un séjour difficile en maternité pas pour les mêmes raisons que toi, mais pour des comportements similiaires de la part de soignants. Je me promène sur le net et des témoignages comme le tien, j’en vois plein. A chaque fois ça me mets dans une colère ! Vraiment des soignants merdiques sans aucun respect et qui n’ont pas pigé qu’ils bossaient avec des individus, des femmes et des bébés fragiles, Yen à à la pelle…pas tous heureusement, mais quand on les croise, ils font si mal…

    Moi une SF m’a dit qu’on allait m’enlever mon bébé et le transférer dans un autre hôpital car selon elle nous ne mettions pas le collyre dans les yeux de ma fille qui avait une conjonctivite (ce qui était faux !).Ses propos raisonnent encore…et j’ai une envie très forte de lui mettre mon poing dans la gueule.

  2. J’ai énormément de peine pour toi …
    Je trouve que les maternités de nos jours sont vraiment à la chaîne, ils ne respectent plus rien ni personne !

    J’ai vécu aussi une dure réalité quand à mon accouchement si tu arrive à le retrouver sur mon blog tu comprendras ! Il a même fallu que j’opte pour une relactation car personne ne m’a aidé à allaiter malgré mes demandes …
    J’espère que Joachim et toi allaient bien !

    • Merci Estelle de ta sympathie. C’était il y a deux ans passé, mais j’ai besoin de le partager. Et je fais bien, car je vois que je ne suis pas seule à rencontrer du personnel inhospitalier! J’ai lu ton article sur la naissance de Tom, je comprends ta douleur, et je lui en collerais bien une à ton anesthésiste-sorcière.
      Bon courage et bonne continuation!

      • Mais c’est normal, je l’ai écris il y a trois jours seulement!!! Mais comme toi, il faut que ça sorte à un moment où un autre. Je n’ai plus de peine, et j’aimerais ne plus être en colère…

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  6. Je découvre la totalité de tes articles sur ce sujet, en retard mais l’avantage c’est que j’ai pu les lire tous d’un coup !Ca met très en colère, toute cette absence de communication, de respect des parents et du bébé, au mépris des règles de sécurité (cette histoire d’hypoglycémie). C’est terriblement humiliant et infantilisant.

  7. C’est monstrueux ce qui t’est arrivé. J’en suis d’autant plus émue que mon fils aussi s’appelle Joachim (quel beau prénom nous avons choisi là n’est-ce pas!) et je ne sais pas pourquoi mais ça me rapproche plus de ton histoire. (j’ai 35 ans aussi…). Quelle force il t’a fallu pour vivre un tel accouchement et un tel séjour en mater avec ce personnel inhumain! Quand je pense que c’est censé être un des plus beaux moments de ta vie, ces gens ne devraient même pas exercer, c’est juste dégueulasse.

    • Merci de ton soutien. oui, j’aime beaucoup Joachim… 😉
      Je m’en suis remise, et ce n’était pas si « monstrueux », mais rassembler toutes les anecdotes dans un texte est frappant. J’ai aussi rencontré du personnel hospitalier à l’écoute et compétent (j’aurais bien accouché avec la jeune sage-femme qui m’a suivi toute la nuit).
      avec le recul, je me dis que nous sommes tous humains, jusque dans nos faiblesses…

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